Invité sur le plateau de Afrique Media à l’occasion de la récente Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, Louis Fernand TCHAMEKO, ancien Lion Indomptable et PDG de LFT International, a livré une analyse sans concession sur l’après-carrière des sportifs professionnels. Fort d’une expérience personnelle marquée par des pertes financières et nourri par une étude internationale, l’expert en sport business appelle à une réforme profonde de la formation des joueurs et du rôle des agents.

Une réalité alarmante : “50 % des footballeurs perdent tout”

S’appuyant sur une analyse du cabinet allemand Schipf-Siemens en collaboration avec l’Association des footballeurs professionnels, Louis Fernand TCHAMEKO révèle un chiffre choc : « On s’est rendu compte que 50 % des footballeurs professionnels, après la retraite, perdaient tout ce qu’ils avaient gagné. »

Un constat qui dépasse le football. « En NBA c’est pareil, ça touche tous les sports. »

Pour l’ancien international camerounais, cette réalité traduit un problème structurel dans l’accompagnement des athlètes. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à revoir son orientation professionnelle : « Suite à cela, j’ai délaissé un peu le côté agent FIFA. J’ai créé LFT International qui est une entreprise qui aide les sportifs professionnels. »

Un parcours personnel comme déclic

Son engagement n’est pas théorique. Il est profondément personnel. « Moi-même, j’ai gagné de l’argent et j’ai investi au Cameroun dans une entreprise de travaux publics et je me suis fait flouer. » Une expérience douloureuse qui a façonné sa vision : « Je serais content qu’il y ait eu des précurseurs avant moi pour que je ne perde pas mon argent. »

En observant certains anciens joueurs de renommée internationale, comme Marcel Desailly, il prend conscience de l’ampleur du phénomène : « Quand je vois des gens qui ont gagné plus de 50 millions d’euros dans leur vie et qui se retrouvent là… il n’y a plus rien, ça m’a fait réfléchir. »

Le football n’est plus un jeu

Pour Louis Fernand TCHAMEKO, le problème commence dès la formation. « Aujourd’hui, les jeunes footballeurs, on devrait leur inculquer ça à la base, même à la formation : la gestion de l’argent et de la carrière. » Il insiste sur un changement de paradigme : « On doit inculquer au footballeur que le football n’est pas simplement un jeu. Un jeu professionnel, ce n’est plus un jeu. » Et d’expliquer : « Même quand vous êtes fatigué, le job ne veut pas savoir. Il vous dit : vous êtes payé. Donc là, ce n’est plus du tout un sport, c’est une vie professionnelle.

Les agents remis en question

Sans langue de bois, l’expert pointe également les dérives du système : « Les agents, ce sont des commerciaux. Ils ne sont pas forcément là pour le joueur. » Il dénonce des pratiques parfois contraires à l’intérêt des jeunes talents : « Ça ne devrait plus exister que des gens vivent uniquement grâce aux joueurs sans réelle responsabilité. »

Pour lui, la solution passe par une redéfinition du rôle de l’agent et par un meilleur encadrement : « Avant de signer son premier contrat professionnel, le joueur devrait voir si la personnalité de l’agent correspond à la sienne. Sinon, il doit s’entourer d’un conseiller en plus de l’agent. »

Les éducateurs, maillon stratégique

Mais au-delà des agents, Louis Fernand TCHAMEKO identifie un acteur clé : l’éducateur. « Ça commence par les éducateurs. Le côté technique ne suffit plus pour garantir la vie d’un gamin. » Il appelle à une véritable révolution pédagogique : « Il faut inculquer la gestion de l’argent dès l’enfance. Dire aux jeunes : quand vous allez commencer à gagner de l’argent, voilà comment procéder. »

Et surtout apprendre à dire non : « Quand vous avez de l’argent, tout le monde vient. Le jour où vous n’en avez plus, il n’y a plus personne. Il faut avoir des priorités et savoir dire non. »

Vivre en dessous de ses moyens

Autre piège majeur selon lui : l’excès. « Il faut vivre en dessous de ses moyens. Voilà le plus grand piège des sportifs professionnels. »

Il met en garde contre les dépenses ostentatoires : « Acheter 10 000 voitures, ça ne sert à rien. Si vous voulez prendre une Ferrari, prenez une Ferrari. Mais il faut arrêter les excès. »

La clé réside dans l’anticipation de la retraite : « C’est la retraite sportive qui est la plus importante. C’est à ce moment-là qu’on peut investir, mais de manière stratégique, en diversifiant les investissements. »

Un plaidoyer pour une nouvelle culture sportive

À travers son intervention sur Afrique Media, Louis Fernand TCHAMEKO ne se contente pas d’alerter. Il propose une vision : celle d’un sportif considéré comme une véritable entreprise, préparé à gérer sa carrière, son image et son patrimoine dès le plus jeune âge. « Je n’aurais jamais souhaité arriver à ce point-là et je vais éviter ça aux jeunes. »

Un message fort lancé depuis la scène continentale de la CAN, qui sonne comme un appel à repenser en profondeur le modèle africain de formation et d’accompagnement des talents. Parce qu’au-delà des trophées et des contrats, c’est l’après-carrière qui détermine la véritable réussite. Une approche entièrement partagée par AGRI SPORT International.